30 août 2011

Locomotives, trains (2)

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Durant le mois de juillet 2011, nous avons fait une excursion dans un petit train tracté par une locomotive à vapeur. Ce fut l'occasion pour Pablo de vivre un grand moment. Durant tout le trajet, il n'a quasiment pas parlé, et a semblé comme transporté dans un autre monde, dans son monde à lui. Depuis, ses représentations de locomitives se font plus détaillées.

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Série de dessins, août 2011

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29 août 2011

Locomotives, trains

Depuis tout petit, Pablo est comme beaucoup d'enfants, fasciné par les trains, plus précisément par les locomotives à vapeur. La visite d'une locomotive en février 2009, alors qu'il avait 3 ans l'a beaucoup marqué. Et lors de notre retour à la voiture, Pablo a eu une terrible colère, mémorable, nous faisant comprendre par ses cris (non par des mots) et en détachant sa ceinture qu'il voulait retourner voir le train. Depuis, cette fascination pour les trains continue. Pour ses 4 ans, il a eu un circuit en bois, qui occupe encore aujourd'hui le sol de sa chambre. Le circuit ne doit pas bouger, et Pablo construit sa ville soit à l'intérieur soit en-dehors du circuit. Si un élément a été bougé par inadvertance, il sait exactement lequel et soit il le remet en place, soit il détruit tout rageusement.

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Depuis, le train est un élément essentiel de ses compositions graphiques. La plupart de ses dessins ont soit comme motif principal un train, soit intègrent le train dans le décor, en tant que fil conducteur de son scénario. Petit à petit, Pablo a représenté non seulement un train, en général composé d'une locomotive à vapeur et d'un ou plusieurs wagons, mais aussi d'autres éléments ferroviaires comme les rails, les tunnels, les ponts, la gare. 

Lors de sa semaine d'observation à l'hôpital de jour en avril 2011, il a été remarqué que Pablo a passé beaucoup de temps à jouer seul au circuit de train, manifestant très fortement son refus d'inclure dans son jeu un autre enfant ou un éducateur.

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27 août 2011

Stephen Wiltshire, autiste et dessinateur de génie

 

 

 http://youtu.be/a8YXZTlwTAU

Pablo a été fasciné par cette vidéo. Juste après l'avoir vu, il a fait ce dessin.

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26 août 2011

Ville/ New-York

Après Paris et Londres, la ville choisie en tant qu'objet des représentations graphiques de Pablo, est New-York. C'est la ville qu'il préfère dessiner depuis début juillet 2011. La Statue de la liberté est au centre de toutes ses représentations de New-York. Elle trône fièrement au milieu des buildings et du pont de Brooklyn. Pablo à une mémoire visuelle assez exceptionnelle. J'ai remarqué qu'il a une capacité d'observation fine. Dans ses dessins, on voit bien son souci du détail, son exigence à reproduire les objets qui ont attiré son attention, comme les grandes citernes en haut des immeubles. Ses dessins sont pour moi sa prise de contact au monde. Par ses reproductions attentionnées, il nous montre qu'il a conscience de la matérialité des choses. Son sens de la perspective et des proportions est aussi très surprenant pour un petit garçon de 5 ans et demi.

Afin d'encourager sa créativité, je lui ai trouvé un autre livre de Miroslav Sasek réédité chez Casterman, sur New-York. Il l'a de suite dévoré des yeux et en a fait son principal sujet d'étude graphique courant août 2011. Anne Idoux-Thivet dans le livre qu'elle a écrit à propos de son fils, Matthieu, autiste (Ecouter l'autisme, éditions Autrement, 2009), parle des centres d'intérêts obsessionnels de son petit garçon. Comme Matthieu Idoux, Pablo présente des centres d'intérêts uniques qui tournent souvent à l'obsession et qui font que Pablo est différent des autres enfants de son âge. A propos de la passion pour les insectes de son fils, Anne Idoux dit : "Cette passion menaçait de devenir une nouvelle "fixette" autistique. (...) Il s'agissait de sublimer cet intérêt. Nous lui avons acheté tous les "plastiques-insectes". Nous nous sommes procurés des livres" (p. 165). C'est exactement la même démarche que j'ai entrepris de faire avec Pablo, dans la mesure où cela est possible. La bibliothèque permet de trouver beaucoup de livres et d'amener Pablo à découvrir d'autres choses. Et à Anne Idoux de rappeler à son tour, les propos de Temple Grandin, cette autiste américaine, qui martèle dans son autobiographie (Ma vie d'autiste, Odile Jacob, 1986) : "On peut diriger les fixations vers quelque chose de constructif. (...) Les parents, les enseignants et les thérapeutes doivent travailler avec les fixations et non les contrecarer".

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Pablo part de la maison pour aller à New-York en bateau.

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Un livre a également particulièrement inspiré Pablo dans ses représentations de New-York. Il s'agit du livre de Remy Charlip, Heureusement, un livre à rebondissements datant de 1964, devenu un classique américain, édité en 2011 en France par les éditions Memo. De nombreux dessinateurs américains lui reconnaissent une place centrale dans leur inspiration.

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25 août 2011

Ville/ Londres

Autre ville, objet de grand intérêt pour Pablo, Londres. D'abord attiré par Big Ben, Pablo s'est intéressé à Tower Bridge, aux cabines téléphoniques et aux bus londoniens. J'ai trouvé un très beau livre, au graphisme très particulier des années 1960, édité chez Casterman (2009, réédition de 1960), illustré par Miroslav Sasek, qui a fourni à Pablo une grande source d'inspiration.

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24 août 2011

La Tour Eiffel

Dès le mois d'avril 2011, la Tour Eiffel a été l'objet de son seul centre d'intérêt. Pablo a dessiné inlassablement la Tour Eiffel qu'il a vu dans le film de Jean Image,  "Bonjour Paris", pendant quasiment un mois. Il en a fait un personnage animé dans ses représentations graphiques. Puis la Tour Eiffel s'est installée dans des paysages urbains, dans son Paris. Elle n'est aujourd'hui, plus son seul objet d'étude, mais reste encore très présente dans ses dessins.

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23 août 2011

Ville/"Bonjour Paris"

"Bonjour Paris" est un film d'animation de Jean Image datant de 1953, que l'on a emprunté à la Médiathèque en avril 2011. Pablo s'est littéralement passionné pour ce film, qu'il a visionné en 2 mois, des dizaines de fois. Depuis, la Tour Eiffel reste très présente, voire omniprésente comme durant le mois de mai, dans ses dessins. D'autres monuments de Paris apparaissent dans le film (Notre-Dame, le Sacré Coeur, l'Arc de triomphe, le Moulin Rouge) qui figurent également dans ses représentations graphiques. Pablo chante à tue-tête la chanson du générique de fin lorsqu'il dessine la Tour Eiffel : "Bonjour Paris, Paris mon amour..."

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   Synopsis : Paris est une ville pleine de charme. Les scènes de la vie parisienne sont l'occasion de découvrir un autre aspect de la ville. Ainsi on peut voir un pigeon et une pigeonne flirtant sur la cathédrale Notre-Dame malgré le regard sévère des Chimères, personnages au coeur de pierre qui tentent de contrarier cet amour. Pour avoir plus de tranquilité, les deux amoureux décident d'aller voir leur ami M. La Tour (la Tour Eiffel), l'occasion d'en connaître un peu plus sur la grande dame de fer... D'ailleurs M. La Tour est secrètement amoureux de la pigeonne.

Aussi la Tour décide de participer à un grand concours de pêche sur le bord de Seine pour se faire admirer et offrir la récompense à son amie. Malheureusement, sa grande taille est un handicap. Il accumule les maladresses et sème la perturbation... en pêchant le métro. Paris boude alors la Tour et la pigeonne tourne le dos à cet encombrant ami. Désespéré, M. la Tour se pose beaucoup de questions et ne se sent pas vraiment aimé du tout Paris et rêve de jours meilleurs auprès des autres monuments du monde ( la Statue de la Liberté, Big Ben, la Tour de Pise).

Mais un beau matin, la Tour Eiffel disparaît. Tous les parisiens sont affolés et se demandent qui aurait pu la voler, s'ensuit alors des recherches dans toute la France.

 

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A partir du moment où il a visionné ce film, son seul centre d'intérêt graphique s'est porté sur la Tour Eiffel. Sur les conseils de la pédopsychiatre, qui pense qu'il est important d'éviter qu'un simple intérêt devienne obsessif, nous avons essayé de lui montrer d'autres aspects de Paris. J'ai trouvé un livre particulièrement bien fait sur Paris, aux éditions Milan, dans la collection "Mon livre animé", illustré par Emmanuel Ristord (mars 2011). Grâce à ses animations et son déroulé proche du quotidien de petits parisiens, Pablo a très adopté ce livre, qui contient à la fin un plan détaillé. Pablo est depuis tout petit fasciné par les cartes géographiques, les plans, les planisphères, les globes.

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Depuis, son intérêt s'est porté sur tous les monuments imposants de la capitale qu'il reproduit à l'envi. Au fil des mois, son trait s'affine et ses reproductions sont très étonnantes. On retrouve en général, les mêmes monuments : la Tour Eiffel, Notre-Dame, l'Arc de triomphe, la Basilique du Sacré-Coeur et le Moulin Rouge.

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15 août 2011

Fly me to the moon

Pablo regarde le ciel et les planètes. Il rêve lui aussi de construire une fusée et d'aller sur la lune comme le "Cosmoschtroumpf".

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Août 2011

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14 août 2011

Villes, constructions et représentations graphiques

Depuis tout petit, Pablo passe beaucoup de temps à jouer seul à des jeux de constructions. Dans ses phases de jeu, il est alors très concentré, appliqué. Pour ses 3 ans, il a reçu un baril de petites pièces en bois et s'est mis dès lors à faire des constructions élaborées.

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Depuis, les jeux de constructions sont les seuls jeux qu'il affectionne, vers lesquels il se précipite invariablement dès que l'on entre dans une ludothèque ou dans une salle d'attente, ou dans le cabinet de la pédopsychiatre. Mais c'est un jeu auquel il joue seul. Et après avoir lu le livre d'Anne Idoux (Ecouter l'autisme, éditions Autrement, 2006), je mesure l'importance du jeu dans la thérapie et dans sa socialisation. Il a peu à peu commencé à inclure dans ses jeux, des petits personnages (Playmobil, des animaux, des voitures) et s'adonne à des jeux d'imitation. Mais cela est bref. Les personnages sont là pour habiter la ville qu'il a érigé dans sa chambre, et qui ne doit sous aucun prétexte être l'objet d'un quelconque "tremblement de terre ou "bombardement". Ce qui est devenu assez problématique, puisqu'il partage sa chambre avec sa soeur, et ce qui limite les déplacements dans la pièce.

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Août 2011, Pablo construit sa ville et a même dessiné une signalisation à l'intention de sa soeur : "Interdit de casser la ville", "interdit d'entrer par la porte", "interdit aux voleurs", "interdit de tirer la langue", "interdit aux bateaux" et un plan détaillé intégrant la signalisation. Pablo intègre petit à petit dans ses représentations des données symboliques.

Son intérêt pour les villes et les grands monuments s'est accru à son cinquième anniversaire, en janvier 2011. Nous lui avons offert un livre-jeu : Cherche et trouve sur les 5 continents, Thierry Laval, Seuil jeunesse (2010). Dès lors, les villes et les grands monuments sont devenus un sujet d'étude permanent et l'objet de ses représentations graphiques quotidiennes.

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Depuis janvier 2011, Pablo représente principalement dans ses dessins les grands monuments. Dans un premier temps, il les a dessiné de façon isolée, puis il les a intégré progressivement dans un paysage urbain plus détaillé au milieu d'immeubles, de rues, de grues de construction.

Trois villes l'inspirent particulièrement : Paris, Londres, New York. 

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11 août 2011

La thérapie par le dessin (suite)

Pablo est semble-t-il atteint d'un TED (Trouble envahissant du développement). Jusqu'au mois de juillet 2010, je n'avais jamais entendu parlé de cette terminologie. C'est en faisant quelques recherches sur internet que j'ai pu avoir une première approche de ce trouble. A l'annonce du diagnostique, le mot "autisme" n'a pas été prononcé. Encore aujourd'hui, la pédopsychiatre de Pablo dit bien qu'il n'est pas autiste. Mais qu'est-ce que ce terme de TED signifie donc ? Sur Wikipedia, on nous dit que "les TED sont des troubles du développement qui apparaisent dans l'enfance" qui incluent cinq catégories de troubles mentaux : l'autisme, le syndrome de Rett, le trouble désintégratif de l'enfance, le syndrome d'Asperger et le trouble envahissant du développement non spécifié. Pablo est atteint de ce dernier. Mais c'est encore une notion bien floue pour des parents angoissés, en attente d'une réponse claire de la part des médecins. Pour moi, cette angoisse si présente dès la grossesse d'avoir un enfant autiste, plutôt que d'un enfant atteint de trisomie ou d'une malformation, s'est avérée réelle. Mon fils souffre d'un TED, et l'autisme en fait partie, à moi d'apprivoiser ce terme.

Reprenons la définition proposée par Wikipedia : Les TED "sont définis comme un « Groupe de troubles caractérisés par des altérations qualitatives des interactions sociales réciproques et des modalités de communication, ainsi que par un répertoire d'intérêts et d'activités restreint, stéréotypé et répétitif. Ces anomalies qualitatives constituent une caractéristique envahissante du fonctionnement du sujet, en toutes situations. » Les troubles envahissants du développement (TED) ont en commun une association de symptômes connue sous le nom de « triade de Wing », du nom de la chercheuse anglaise qui a prouvé par une étude clinique et statistique que cette association de trois catégories de symptômes survenait plus souvent que ne le voulait le hasard, donc qu'il s'agissait bien d'un syndrome (ensemble de symptômes survenant ensemble). Ces troubles sont:
1. des troubles de la communication verbale et non-verbale
2. des troubles des relations sociales
3. des centres d'intérêts restreints et/ou des conduites répétitives "

Pablo présente bien des troubles de la communication verbale (retard de langage), des troubles des relations sociales et des centres d'intérêts restreints, sans parler d'autres troubles comme la rigidité alimentaire, les difficultés à chaque changement de saison pour se vêtir, le rapport à son corps difficile que l'enfant d'Anne Idoux présente aussi. Il n'y a qu'à lire des témoignages pour voir des similitudes de comportement. En lisant le témoignage de Daniel Tammet, ce savant autiste, Je suis né un jour bleu (J'ai lu, 2006), certaines anecdotes m'ont fait penser à Pablo.

p. 32 : "La garderie fut ma première expérience du monde extérieur (...). Il y avait notamment un bac à sable, où je passais une grande partie de la journée à ramasser puis éparpiller le sable car chacun des grains me fascinait. De là me vint ma fascination pour les sabliers et je me souviens d'avoir regardé, dans des sabliers, des grains de sable tomber les uns après les autres, pendant qu'autour de moi les enfants jouaient entre eux. D'après mes parents, j'étais un enfant solitaire qui ne se mêlait pas aux autres. A la garderie, on leur disait que j'étais dans mon monde." Ce fait que Daniel Tammet raconte ici me fait penser à Pablo lorsqu'il était en petite section de maternelle. Il y avait un bac à sable dans la classe et son institutrice me disait qu'il y passait beaucoup de temps. Alors que tous les enfants étaient réunis autour d'elle au tableau pour apprendre une comptine, Pablo préférait rester au bac à sable. Durant ses deux premières années d'école maternelle, il a eu beaucoup de difficultés à participer à des activités en groupe. Même dans la cour d'école, il restait seul et regardait les autres de loin. Cela va beaucoup mieux depuis cette année, c'est un enfant qui sur ce plan là a radicalement changé. Dès que je vais le chercher, je le trouve plus rarement seul et surtout il semble s'être fait des copains. La plupart des enfants le saluent chaleureusement quand il part.

p. 68 : "Avec mon premier Noël à l'école, je fis l'expérience de la traditionnelle crèche vivante. On me donna le rôle de l'un des bergers. J'étais pétrifié à l'idée de monter sur scène devant toute l'école et je devins très nerveux, refusant de faire les essayages du costume ou d'en discuter avec la maîtresse. A la fin, ma mère intervint, me corrompant à coups de sucreries en échange de ma participation. Je regardai le sol pendant tout le temps que je fus sur scène, mais cela n'empêcha pas mes parents de me dire après qu'ils étaient fiers de moi." Ce souvenir de Daniel Tammet m'a rappelé la fête de Noël de l'école alors que Pablo était en petite section en décembre 2009. La maîtresse avait réuni tous les parents dans la cantine et les enfants étaient assis sur des bancs pour chanter des chants de Noël. Pendant toute la demi-heure qu'a duré le spectacle, Pablo est resté assis en fermant les yeux et en se bouchant les oreilles. Ce souvenir est terrible pour moi, car j'ai compris à ce moment-là combien mon enfant était différent et combien il pouvait souffrir à cause de cette différence. Mais Daniel Tammet nous rappelle une phrase de Kim Peek, cet autiste qui a inspiré le personnage joué par Dustin Hoffman dans Rainman : "Vous n'avez pas besoin d'être handicapé pour être différent, car nous sommes tous différents."

Chaque enfant atteint d'un TED est donc différent et unique. Et on ne sait pas quelle sera son évolution, quel sera son futur, s'il sortira définitivement de ce trouble, si ses dons en dessin disparaîtront en grandissant comme c'est le cas pour beaucoup d'autistes. Je sais désormais une chose, c'est qu'en la matière rien n'est certain, il faut voir au jour le jour...

Pablo a un don. Loin de moi de dire que mon fils est un génie ou un enfant précoce. Ce que nous avions pensé un temps, avant que la pédopsychiatre nous dise qu'un enfant précoce à un déveleppoment homogène, qu'il est en avance dans tous les domaines. Penser que Pablo était précoce était aussi avant tout une façon de se rassurer nous, ses parents et de retarder la prise de conscience d'une évidence, son trouble ou comme je l'appelle maintenant "son autisme". Les enfants précoces ont semblent-il de grosses difficultés psychologiques, souffrent de leur décalage, sont incompris par les enfants de leur âge. Pablo n'a pas conscience de tout cela. Il est certes encore petit, mais il respire la plupart du temps, la joie de vivre. Il adore les BD comiques et peut se plonger dedans durant de longues minutes. Il lui arrive d'avoir des fous rires en repensant à un gag de Gaston Lagaffe, son personnage favori. En voiture ou même à table, en regardant la télé, il parle tout seul et raconte en entier une planche de BD. Pablo a une très bonne mémoire visuelle, et nous sommes surpris de l'entendre souvent raconter une histoire qu'il a vu 6 mois auparavant.

Le dessin est un excellent moyen pour lui d'expression. Et j'ai l'impression qu'il est un lien entre nous, qu'il permet d'arriver à ce qu'Anne Idoux a réussi à faire par le jeu avec son petit garçon : "Le nous de l'intéraction à la place du moi du repli sur ses peurs"(Ecouter l'autisme, le livre d'une mère d'enfant autiste, éditions Autrement, 2009, p. 54). Comme Matthieu Idoux, Pablo "oeuvre seul à une activité créatrice, constructive : il a un but, un vrai but. Et le plaisir qu'il y trouve est sain" (pp. 93-94). A la différence du fils d'Anne Idoux, Pablo refuse pour l'instant de jouer à des jeux de société, malgré les efforts de son père et de sa soeur qui aime beaucoup les jeux. Pablo semble intéressé par les plateaux de jeu, mais dès qu'il faut lui expliquer les règles, même simples, il s'en détourne en renversant parfois le jeu. Peut-être faut-il davantage le stimuler sur ce terrain-là? Il a fait des jeux en psychomotricité et semblait content à chaque fin de séance. Pour l'instant, j'ai l'impression que c'est une source de souffrance et je préfère le voir heureux à dessiner. Il y passe beaucoup de temps, il est très calme, confiant, concentré, et en même temps il observe ce qui se passe autour de lui. Dessiner le structure, le rassure. Il dessine sur la petite table du salon devant la télé, dans son lit, par terre dans sa chambre, à table au restaurant, en voiture, dans le jardin. Il semble dans ces moments-là dans sa bulle, mais c'est une bulle dans laquelle il peut nous inclure. Il sait maintenant que l'on attend avec impatience ses dernières productions et une fois terminés il nous tend avec plaisir ses dessins.

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Août 2011. Pablo s'est aménagé son petit atelier de dessin dans le salon.

On peut dater son intérêt croissant pour le dessin à partir de septembre 2010, à son entrée en moyenne section de maternelle. c'est le moment où il a commencé à dessiner son univers imaginaire propre et à ne plus seulement reproduire des personnages de dessins animés ou de livres. Les figures centrales de ses dessins sont alors les trains, les maisons, puis à partir d'avril 2011, les villes et les grands monuments. Nous avons déménagé pour une plus grande maison en octobre 2010 et juste après notre installation, il a fait ce dessin en représentant bien tous les détails. Notre maison est celle de gauche, il y a bien une porte d'entrée avec une marquise, le bon nombre de fenêtres aux étages, la cuisine, une petite pièce construite sur le côté et le garage attenant, et la cheminée.

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Autre dessin surprenant, celui le représentant devant la maison, qu'il a fait durant les vacances de Noël 2010, sur du carton. Dans le ciel on voit la neige tomber et le train qui passe. Le soleil brille, la voiture part pour l'emmener voir le train, Pablo est heureux. L'utilisation du coloriage est aussi assez surprenante et rare. Pablo n'aime pas colorier, cela l'agace et il ne finit pas toujours. Je crois que c'est dû à son exigence de perfection. J'ai remarqué que dès qu'il colorit et qu'il déborde il ne touche plus au dessin et le laisse de côté en quittant la pièce où il se trouve.

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Pablo a reçu comme cadeaux de Noël des carnets à croquis Canson de 30 x 30 cm et des feutres à pointes fines. Il utilise le plus souvent des stylos-feutres à pointe fine pour ses dessin. Le problème avec les feutres est qu'il ne remet jamais les bouchons ou les mordille au point qu'ils n'ont plus l'aspect adéquat à leur fonction.

La pédospychiatre de Pablo nous a conseillé de faire attention à ce qu'il ne s'enferme pas dans son dessin. Certes, je le vois pleinement absorbé par ce qu'il fait, mais comme je l'ai déjà dit, le dessin est devenu un lien entre nous, un moyen de communication et je le vois pleinement heureux. Comme je l'ai lu quelque part, l'autisme n'est pas une fatalité et n'est pas non plus pour moi une prison. L'autisme n'est pas une punition et l'assimilation de l'autisme à un enfermement carcéral me dérange. Je préfère le comparer à un labyrinthe, où l'issue est certaine mais le chemin pour y parvenir est contrarié.

Il y a 5 jours, Pablo a cassé sans le faire exprès, le coeur qu'il avait fabriqué pour la fête des mères à l'école, en perles collées et que je gardais précieusement sur ma table de chevet. Hier matin, il a pris son carnet et l'a dessiné et me l'a tendu simplement en disant : "maman j'ai le coeur cassé". J'ai d'abord pensé qu'il était triste et passé un bon moment à le questionner, avant de comprendre le soir qu'il avait voulu m'avouer que c'est lui qui avait cassé le coeur.

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